"L'industrie aéronautique marocaine ne va pas au Bourget pour faire de la figuration", selon le président du GIMAS.

Hamid Benbrahim El Andaloussi, président du Groupement des industries marocaines aéronautique et spatiales(GIMAS) explique à L'Usine Nouvelle les raisons de la présence au salon du Bourget du GIMAS qui y sera exposant. Il fait aussi le point sur le développement de l'industrie aéronautique au Maroc. Il révèle aussi la décision prise par les professionnels de doubler bientôt le centre de formation IMA de Casablanca ainsi que la date d'ouverture officielle de la zone franche aéronautique Midparc dans la même ville, fin septembre.
L'Usine Nouvelle : L’industrie aéronautique marocaine sera exposante une nouvelle fois au salon aéronautique du Bourget, via un stand du Gimas, quel est le sens de cette présence ?

Hamid Benbrahim El Andaloussi : Elle témoigne de l’importance prise ces dernières années par ce secteur dans notre pays et son essor. Nous connaissons une progression d’activité de l’ordre de 20% par an avec environ 10 000 emplois dans l’industrie et les services, c'est pourquoi nous avons décidé d'être exposant en synergie avec l'État marocain qui a fait du développement de l'aéronautique une de ses priorités dans le cadre de sa stratégie industrielle dite "Émergence".


Que voulez-vous montrer ?
Le Maroc s’inscrit comme une base de production aéronautique dans le prolongement de ce qui existe de longue date en Europe et dans une logique de co-localisation pour des entreprises occidentales en quête de compétitivité. Dans notre pays, on dénombre aujourd’hui 106 entreprises industrielles ou de services aéronautiques couvant une large palette : harnais, mécanique, assemblage, électronique, composites, maintenance… Safran que je préside ici dispose de 6 filiales au Maroc. Boeing est présent via Matis. Bombardier, comme vous le savez, est en train de construire une usine de composants près de l’aéroport de Casablanca et nous accueillons aussi beaucoup de PME européennes de premier plan.


Le Bourget, pour vous, c’est donc une opération de communication ?
Nous n’allons pas au Bourget pour faire de la figuration. Je puis vous dire que nous avons déjà confirmé beaucoup de rendez-vous de haut niveau avec des investisseurs potentiels et établi un programme dense de rencontres pour présenter "l’offre du Maroc" et surtout discuter concrètement de projet de développement. Vous le savez, au plan mondial, le secteur de l’aéronautique est une petite maison. Et ce qui se passe chez nous depuis environ 5 ans n’est pas passé inaperçu. Certains de ces rendez-vous poursuivront d’ailleurs des discussions entamées au salon de Farnborough l’an dernier. Cette édition du salon du Bourget devrait donc être l’occasion de nouvelles annonces concernant l’aéronautique au Maroc!


Quel est le bilan de 2012 pour le secteur aéronautique au Maroc ?
C’est un bon cru. Nous avons connu notamment des investissements d’entreprises comme Mecachrome ou Ratier Figeac. Et, en attendant l’ouverture de son usine de Casablanca, le groupe canadien Bombardier a, d’ores et déjà, commencé à former des salariés et même à produire des pièces dans un atelier relais. Au total, 20 nouvelles entreprises aéronautiques se sont implantées au Maroc sur la dernière période. Le GIMAS pour sa part regroupe désormais 76 sociétés qui représentent 95% de l’activité du secteur. (NDLR : le GIMAS a estimé à 470 millions d'euros les exportations aéronautiques marocaines sur 2011).


Cette industrie est malgré tout encore naissante au Maroc, puisque certains composants sont parfois réexpédiés en Europe, seulement pour se faire certifier ?
Ce que vous décrivez, c’était la phase 1 de notre développement. Tout cela est derrière nous. C’est caduc. Nous sommes engagés dans l’écriture de la phase 2, à savoir monter encore dans la chaîne de valeur. Il faut aussi s’ouvrir à d’autres marchés, je pense à la sécurité-défense, le matériel embarqué, les composites, et développer aussi l’ingénierie et la capacité d’étude. Il faut aussi continuer d’attirer dans notre pays les PME européennes qui ont besoin d’avoir, pour une part de leur activité, une base productive à forte compétitivité proche géographiquement.


Vous bénéficiez de la bonne santé du secteur aéronautique ?
Oui cette industrie au plan mondial va plutôt bien, comme vous le savez. Les carnets de commandes des constructeurs sont pleins. La santé de cette industrie contraste avec celle de beaucoup d’autres. La prévision de croissance globale est de 4 à 5 % dans les 20 ans à venir. L’industrie marocaine veut tirer parti de cette expansion et s’inscrire dans la deuxième phase que j’évoquais. La pérennité de la supply chain aéronautique marocaine passe pas son enrichissement. Cela fait partie de nos préoccupations. Il faut tirer nos compétences vers le haut.


Comment ?
En nous donnant les moyens, grâce à l’action conjointe de l’État marocain et des professionnels de mettre en place un cadre adapté. C’est le sens de la zone franche industrielle MidParc près de l’aéroport de Casablanca qui va ouvrir bientôt. C'est aussi la mission de notre centre de formation, l'Institut des métiers de l’aéronautique (IMA), géré par la profession avec le soutien de l'État, ouvert en mai 2011 et situé au même lieu. Il accueille des jeunes de niveau bac à bac+2. Nous venons tout juste de décider de doubler sa capacité soit en formation initiale de 1 000 jeunes par an à l'avenir.


Concernant la zone franche d'exportation Midparc, qui doit s'étendre à terme sur plus de 120 hectares, et que vous présidez, elle est prévue depuis longtemps mais n'est toujours pas ouverte ?
Je vous rassure, les travaux d'aménagement sont en voie d'être finis. Ce parc industriel sera opérationnel en septembre 2013 avec l’achèvement du centre de la douane et j’espère les premières installations. Et Bombardier est donc en train d'y construire son usine.
En fait, nous prévoyons l'ouverture officielle de Midparc, le 30 septembre dans le cadre d’une grosse opération de promotion qui va réunir quelques centaines d’entreprises et donneurs d'ordre autour de la convention d’affaires Aerospace meeting Casablanca qui se tiendra à ce moment là (30 septembre au 2 octobre NDLR).


Hormis Bombardier qui a donc décidé de s'installer sur cette zone franche, avez-vous des signatures fermes d'industriels à ce jour ?
Il y a plusieurs entreprises avec qui sont menées des discussions avancées et même des contrats en cours de préparation. Attendez le Bourget pour d'éventuelles annonces...



Benbrahim El-Andaloussi, de la RAM au GIMAS
Avant de devenir président du Groupement des industriels marocains aéronautique et spatial (Gimas), Hamid Benbrahim Al-Andaloussi a entamé sa carrière à la RAM (Royal Air Maroc) en 1969. Il avait alors occupé successivement les postes de responsable du département exploitation, délégué général France, directeur commercial, chargé de la direction centrale planification et systèmes d'information, directeur de la stratégie, des participations et de l'international, directeur général adjoint chargé des affaires commerciales puis président de MATIS Aérospace, une filiale de la RAM. Il a été doublement décoré par le Roi du Maroc. Une première fois en 2004, il a reçu l'insigne du ouissam al-arch de l'ordre d'officier, récompensant une carrière de 35 ans au service de la RAM alors qu'il occupait le poste de directeur général adjoint commercial de la compagnie nationale. Une seconde fois, en 2009, il a été décoré du ouissam du mérite national de l'ordre de commandeur lors des célébrations du 11ème anniversaire de l'accession au Trône du Roi. 



Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud.

Usinenouvelle.com


Publié le 10 juin 2013.

Mis en ligne le 10 juin 2013.