Afrique - France : l'ère de l'humilité...

Le Forum franco-africain pour une croissance partagée se tient le vendredi 6 février à Paris, coorganisé par Medef International et les ministères économiques et financiers des pays concernés.

Pour le meilleur comme pour le pire, le commerce a toujours irrigué la relation entre la France et l'Afrique. Il y eut le temps honteux des esclaves troqués contre les verroteries de pacotille et de l'ivoire échangé contre des fusils de traite. Puis vint celui des compagnies concessionnaires mettant des territoires entiers en coupe réglée sous la protection du sabre et la bénédiction du goupillon.

Au début du XXe siècle, on n'était pas, à de rares exceptions près, anticolonialiste par principe moral ou conviction politique, mais parce que l'on jugeait l'aventure coloniale chimérique et dispendieuse. Entre les deux guerres mondiales et jusqu'à l'aube des indépendances, les gouverneurs de l'empire avaient donc comme consignes, un peu comme les ambassadeurs d'aujourd'hui, de "faire du chiffre" et de s'organiser pour que le retour sur investissement soit le plus élevé possible pour la mère patrie.

Un système d'exploitation directe bientôt jugé obsolète et contre-performant par les milieux d'affaires, dont on a longtemps mésestimé le rôle déterminant dans le processus de liquidation coloniale opéré par le général de Gaulle.

La place était libre pour un demi-siècle de Françafrique, organisation parfaitement huilée de mise sous tutelle économique de toute une partie du continent et âge d'or d'un mécanisme de contrôle, voire de prédation, mis en oeuvre par un homme, Jacques Foccart, qui fut aussi - on l'oublie souvent - un entrepreneur.

Emportée, balayée par le tourbillon de la mondialisation, l'hydre françafricaine est morte et la France a perdu l'essentiel de ses marchés captifs. Même dans les pays où son influence était écrasante (Côte d'Ivoire, Gabon, Congo, Djibouti...), l'irruption de la concurrence chinoise, européenne, indienne, brésilienne, turque, émiratie, américaine, a réduit à néant ses avantages comparatifs. Il a fallu, passé la période de désarroi, tout revoir, tout repenser et, pour les entreprises comme pour la diplomatie et le commerce extérieur, cette révolution culturelle a été douloureuse. Une décennie de perdue, la première de ce siècle, pendant laquelle il a fallu s'extirper de la paresse des contrats à renouvellement automatique et de la culture du risque zéro, pour rivaliser avec des adversaires qui faisaient tomber, l'une après l'autre, les clôtures du fameux pré carré.

Certes, les amicales pressions, les coups de pouce de l'Élysée, de Bercy ou du Quai d'Orsay sont toujours de mise auprès de chefs d'État sensibles à ce qui se dit d'eux à Paris, surtout en période préélectorale. La diplomatie économique, c'est aussi cela.

Mais les menaces ne fonctionnent plus, les missi dominici ont pour la plupart disparu et le nombre de gros marchés "politiques" obtenus au forceps se réduit chaque année un peu plus, surtout quand il s'agit d'aller les arracher en dehors de l'espace francophone.

Pour les entreprises françaises en Afrique, l'époque est à la compétitivité, à la combativité, mais surtout à l'humilité. Sur le continent aussi le client est roi, et il faut savoir le séduire.

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