Libreville l'ambitieuse

C'est une capitale africaine à taille humaine, qui offre encore le bonheur d'une promenade pédestre en fin de semaine tout en témoignant des changements en cours dans le pays. En débarquant à Libreville, le visiteur est d'abord agréablement surpris par la qualité de l'accueil à l'aéroport international Léon-Mba. Un agent vous oriente vers le bon guichet, un autre appose le cachet sur votre passeport après le contrôle du visa biométrique par la machine... Pas de temps perdu. Direction le centre-ville. Là encore, du boulevard circulaire à celui du Bord-de-Mer en passant par le boulevard Triomphal, les routes sont parfaitement bitumées, y compris les voies secondaires. Le Gabon a changé et Libreville avec lui.

L'atout charme de la métropole, c'est sans doute son bord de mer préservé. On y vient les jours fériés, seul, en famille ou avec des amis, qui pour dévorer un bon livre, qui pour parler politique les pieds dans l'eau. Certains profitent de la plage pour courir, d'autres pour improviser une partie de pétanque, les enfants pour jouer... Sur un fond musical, on y déguste un poisson ou un poulet braisé accompagné de riz ou d'attiéké, dans la convivialité et la bonne humeur. Bien loin de l'atmosphère de sinistrose pourtant si souvent dépeinte.

Autre point fort sur lequel s'appuie Libreville : son excellente desserte aérienne, avec des vols directs au départ de l'Europe et de nombreuses métropoles du continent. Grâce à cela, la capitale se positionne depuis quelques années comme l'une des principales villes du continent capables de recevoir des manifestations internationales. Elle a accueilli récemment nombre de rencontres diplomatiques, politiques et économiques, notamment celles de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) ou de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (Ceeac), dont elle abrite le siège.

La métropole veut aussi devenir l'un des premiers "spots" africains de rencontres sportives internationales - une vocation qui monte en puissance depuis l'organisation de la Coupe d'Afrique des nations en 2012, jusqu'à celle de la première édition du marathon international du Gabon, les 30 novembre et 1er octobre. Il faut mettre au crédit de l'État d'avoir su faire de Libreville une agglomération profondément gabonaise, mais ouverte à l'Afrique et au monde. Un choix politique de bon sens dans une sous-région où l'intégration n'est pas la chose la mieux partagée.

Si un certain nombre de chantiers ont été lancés, la capitale accuse cependant de sérieux déficits dans tous les domaines : logements, immeubles de bureaux, services de base (eau, assainissement, électricité...), espaces culturels et de loisirs, transports en commun, etc. Des maux courants dans la plupart des métropoles africaines en pleine croissance, mais que Libreville, avec sa taille "moyenne" (environ 700 000 habitants), aurait dû anticiper et maîtriser plus aisément que d'autres.

Fait rarissime sur le continent toutefois : les autorités n'occultent plus ces difficultés. Mieux, elles tentent d'y remédier. L'Agence nationale des grands travaux a lancé d'importants programmes d'aménagement, notamment à Angondjé, dans le nord de la ville, inspirés par Entraco et Sherco, deux cités construites en périphérie. Dès le mois de janvier, un réseau d'une centaine de bus devrait commencer à soulager le cauchemar quotidien des Librevillois. La capitale nourrit de grandes ambitions. Elle en a les moyens.

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